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expert-judiciaire.ai Guide d’information · mis à jour le 25 septembre 2026

Hypertrucage : établir qu’une vidéo a été générée par IA

Un hypertrucage est un contenu image, audio ou vidéo généré ou manipulé par l’IA, qui ressemble à des personnes ou à des événements réels et peut être pris à tort pour authentique. Devant le juge, la question technique est double : le contenu est-il généré, et qui l’a produit puis diffusé ?

Mis à jour le

FIG. S3

En bref

Hypertrucage : une vidéo attribuée à une personne : l’essentiel
PointEn bref
Question technique centraleSe faire remettre le fichier le plus proche de l’original, et non une copie issue d’un partage, et en calculer l’empreinte dès la saisie.
Preuve à conserver en prioritéConstat d’un commissaire de justice sur les publications en ligne, avec leurs adresses exactes.
Profil d’expertL’analyse des fichiers relève de la rubrique G.13 « Supports numériques » (G.13.2 enregistrements sonores, G.13.3 enregistrements vidéos). La spécialité E.1.8 éclaire le fonctionnement des modèles génératifs et les limites des détecteurs ; l’une peut intervenir comme sapiteur de l’autre.
Textes principauxCode pénal, article 226-8 ; Code pénal, article 226-8-1 ; Code pénal, article 226-4-1 ; Règlement (UE) 2024/1689, article 50 (version consolidée au 27 juillet 2026)
Limite de la missionL’expert établit des faits ; il ne se prononce pas sur la faute ou la responsabilité (CPC, art. 238).

Référence de ce passage https://www.expert-judiciaire.ai/scenarios/hypertrucage/#en-bref

La situation

Scénario type · illustration sans lien avec une affaire réelle

Une courte vidéo circule sur un réseau social : on y voit et entend le dirigeant d’une association tenir des propos qu’il affirme n’avoir jamais prononcés. Aucune mention n’indique que la vidéo aurait été fabriquée. Il dépose plainte et demande qu’on établisse l’origine du fichier.

Quels points de mission pour l’expert ?

La décision qui ordonne l’expertise énonce la mission. Dans une situation de ce type, elle pourrait par exemple charger l’expert de :

  1. 01

    Se faire remettre le fichier le plus proche de l’original, et non une copie issue d’un partage, et en calculer l’empreinte dès la saisie.

  2. 02

    Rechercher les marques de provenance (métadonnées de type C2PA, filigranes invisibles) et indiquer si elles ont pu être effacées par une recompression ou une capture.

  3. 03

    Décrire les méthodes de détection employées, les scores obtenus et leurs taux d’erreur connus, et conclure avec un niveau de certitude explicite.

  4. 04

    Rechercher les éléments sources (images, voix de référence) à partir desquels le contenu a pu être fabriqué.

  5. 05

    Indiquer si une attribution à un outil de génération est possible, ou seulement une présomption.

  6. 06

    À partir des réponses aux réquisitions, décrire la chronologie de création et de diffusion : comptes, horodatages, adresses techniques.

La mission ne peut pas lui demander de dire s’il y a faute, défaut ou responsabilité : l’expert ne doit jamais porter d’appréciations d’ordre juridique.

CPC, art. 238

Quelles preuves conserver sans attendre ?

Les données techniques disparaissent vite : journaux purgés, systèmes mis à jour, installations remises en service. Avant même une éventuelle expertise, ces éléments méritent d’être préservés, au besoin par un constat ou une demande de conservation.

Une expertise peut être demandée avant tout procès, en référé, ou au cours de la procédure.

justice.fr

Quel profil d’expert ?

L’analyse des fichiers relève de la rubrique G.13 « Supports numériques » (G.13.2 enregistrements sonores, G.13.3 enregistrements vidéos). La spécialité E.1.8 éclaire le fonctionnement des modèles génératifs et les limites des détecteurs ; l’une peut intervenir comme sapiteur de l’autre.

Quels textes s’appliquent ?

Textes utiles, dans leur état au 25 septembre 2026
TexteCe qu’il prévoitApplication
Code pénal, article 226-8Est puni le montage, ou le contenu généré par un traitement algorithmique, représentant l’image ou les paroles d’une personne sans son consentement, s’il n’apparaît pas à l’évidence ou n’est pas signalé comme tel ; peines aggravées en ligne.Version issue de la loi du 21 mai 2024, en vigueur depuis le 23 mai 2024
Code pénal, article 226-8-1Régime spécifique, plus sévère, pour les montages et contenus générés à caractère sexuel.Créé par la loi du 21 mai 2024
Code pénal, article 226-4-1Usurpation d’identité ou usage de données d’identification d’un tiers pour troubler sa tranquillité ou porter atteinte à son honneur.Version en vigueur depuis le 1er août 2020
Règlement (UE) 2024/1689, article 50 (version consolidée au 27 juillet 2026)Les fournisseurs marquent les contenus générés dans un format lisible par machine ; les déployeurs d’hypertrucages indiquent qu’ils ont été générés ou manipulés.Applicable depuis le 2 août 2026 ; marquage exigé au 2 décembre 2026 pour les systèmes antérieurs

Quelles décisions ?

Aucun arrêt de la Cour de cassation appliquant l’article 226-8-1 dans sa version de 2024 n’a été identifié à la date de mise à jour.

Ce qu’il ne faut pas confondre

Sources

Scénario type rédigé à titre d’illustration. Les textes et décisions cités ont été vérifiés sur Légifrance, EUR-Lex et le site de la Cour de justice de l’Union européenne ; ce contenu ne constitue pas un conseil juridique.

  1. Code pénal, article 226-8Légifrance
  2. Code pénal, article 226-8-1Légifrance
  3. Code pénal, article 226-4-1Légifrance
  4. Règlement (UE) 2024/1689, article 50 (version consolidée au 27 juillet 2026)EUR-Lex